La Chine ne veut plus être la poubelle du monde

 

Depuis plusieurs mois les pays occidentaux sont en pleine réflexion sur l’avenir de leurs matières recyclables, principalement pour le papier-carton. En effet la Chine est, depuis plusieurs années, le principal acheteur mondial du papier et du carton. Jusqu’à tout récemment, elle achetait 90% des fibres recyclables disponibles sur le marché mondial. C’est ainsi qu’en 2016, 27 millions de tonnes de papier-carton ont été envoyées en Chine, dont plus de 300 000 tonnes provenant du Québec. Les autres acheteurs étrangers sont principalement le Vietnam, l’Inde et l’Indonésie.

 

Marie Spehner  marie.spehner@ecopap.ca

 

Au Québec nous trions nos matières, mais la transformation se fait pour une bonne partie à l’étranger. Les matières recyclées au Québec sont principalement utilisées par les compagnies telles que Cascades (papier et plastique), Recyc-RMP / Plastrec / TOMRA (plastique), Les bouteilles recyclées du Québec / Ciment Québec (verre)…

Pourquoi parle-t-on d’une crise?

Avec son « National Sword 2017 program », la Chine n’a pas décidé de refuser nos matières, elle a durci ses exigences sur la contamination des ballots de matières recyclables qu’elle achète. Dorénavant, la Chine demande à ce que les ballots de matières recyclables ne contiennent pas plus de 0,5 à 1% de contaminants. La problématique au Québec est quand 2012, les ballots de matières recyclables sortant des centres de tri contenaient en moyenne 10 à 25 % de contaminants! Même si le taux de contamination a considérablement baissé depuis 5 ans, nous sommes loin des 0,5 à 1 % demandés.

Plusieurs sources de contamination diminuent la qualité des ballots de papier-carton. Par exemple, les matières non recyclables qui passent au travers des systèmes de tri, le publi-sac mis tel quel dans le bac vert, le sac de plastique laissé dans les boites de carton de céréales, le verre brisé, les restants de repas sur le carton, les bouteilles ou conserves comportant encore des aliments dedans et bien plus. Le résultat est que tous ces contaminants réduisent la valeur marchande des ballots de papiers-carton.

 

Que faire pour remédier à cette crise?

  • Priorisation du principe des 3RV :

« Le meilleur déchet, c’est celui que l’on ne produit pas ». La réduction à la source reste LA meilleure manière de gérer écologiquement et économiquement nos matières. Un bac vert plein de matières uniquement recyclable c’est bien, mais un petit bac vert de matières uniquement recyclable c’est encore mieux. Sans être 100 % zéro déchet, en tant qu’individu nous pouvons faire notre part pour réduire notre consommation de papier-carton : facture numérique, refus du publi-sac et des publicités, choix du journal électronique, achats en vrac, réduction des impressions, etc. Les fabricants doivent aussi faire leur part en réduisant le suremballage et les produits à usage unique.

Ce que nous mettons dans le bac influence aussi la qualité et le risque de contamination des matières. En cas de doute, consultez le guide des matières acceptées et refusées ou contactez-nous.

  • Trois millions de dollars pour les centres de tri :

Le gouvernement souhaite financer les centres de tri pour les moderniser afin de réduire le taux de contamination des matières. Nos centres de tri n’ont pas la capacité de stocker des volumes importants en attendant de nouveaux acheteurs moins exigeants. Cependant, le gouvernement s’est engagé à ne pas enfouir ou incinérer nos matières même de façon temporaire. Il nous coûterait environ 150 millions de dollars par année si nous devions enfouir ou incinérer nos matières recyclables. Au Québec nous avons fait le choix de la collecte pêle-mêle pour nos matières recyclables afin de maximiser le taux de participation citoyenne. Cependant cela implique un triage à la fine pointe de la technologie afin de fournir des matières attrayantes tant pour le marché local que pour l’international.

  • Vers une économie circulaire et locale de nos matières recyclables :

Comme Montréal l’a décidé pour sa gestion des résidus alimentaires, pourquoi ne pas gérer localement nos matières recyclables? Actuellement une grosse partie de nos matières sont envoyées en Chine, émettant des gaz à effet de serre via le transport. Les matières sont alors recyclées, dans des conditions environnementales et éthiques discutables, pour nous revenir sous forme de produits à usage unique. Ces derniers émettent des GES  supplémentaires via leurs transports et bien souvent ne sont pas recyclables, finissant ainsi leur vie dans nos sites d’enfouissement.

Les matières recyclables ont une valeur monétaire à ne pas négliger. Alors pourquoi ne pourrions-nous pas garder ces richesses ici au Québec! Cela permettrait de créer des emplois en environnement ou en économie verte et de gérer écologiquement et éthiquement nos matières. Il est peut-être temps de nous responsabiliser en tant que société sur la gestion de nos matières résiduelles et ainsi ressortir gagnant de cette « crise » ! Le principe d’économie circulaire des matières existe déjà au Québec et n’attend plus qu’à être développé…

 

Sources :

Le Devoir
Radio-Canada
RECYC-QUEBEC-1
RECYC-QUEBEC-2
Roxanne Laroche Paquet
Tricentris

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